Blog des Cultures et Origines, civilisations et sociologie


Plus qu’un oiseau,
massif !
Grand oiseau obscur,
moche,
au bec recourbé,
et à la truffe cornée
où pourraient nicher un albatros et deux palombes.
Le cou pelé,
et un béret de vieux satin,
le grand Condor ressemble
à une dinde vêtue de deuil.
Il est au dessus, en dessous et au-dedans
il est moi, tu es lui,
il est Apu-Kundur,
le Dieu Condor.
Quand je me suis risquée à m’approcher de son perchoir,
il m’a regardée avec des yeux inexpressifs.
Sale,
il ressemblait à une âme en peine
avec sa crête haute sur le sommet de son crâne .
La créature enchaînée cherchait à s'enfuir.
Prisonnier,
loin de ses hauteurs
il quitte son vieux corps emplumé
et par la pensée gagne sa liberté.
Cependant il a en lui la lumière sacrée,
l’âme des tragédies,
les plumes des écrivains.
Il garde son identité première dans les hauteurs célestes,
où ne peuvent l’atteindre les regards prétentieux
disposés à juger de son apparence
ni de son aspect crasseux.
Car là bas, sur les hauts rochers des plateaux andins,
son blanc est « argent » et son noir est « nuit »,
ses yeux sont le miroir du monde.
Le Condor n’a qu’une aimante par vie,
une compagne inséparable chauve
voûtée comme lui,
aussi gracieuse qu’un bouffon dérisoire.
Les deux amants amoureux sillonnent les paysages,
dans l’oxygène raréfié au-delà des nuages que transpercent les pics montagneux
ils semblent se dire :
«tant que je vivrais, je t’aimerai mon monstre à moi… »
Et ainsi passent-ils leurs jours,
planant au gré des vents
depuis la nuit des temps .
Le condor a un cœur et une conscience,
il est affectueux,
désire et aime l’insolite colombe de ses songes ;
sa fidèle compagne.
Son amour est si grand,
si pur,
que si l’un deux est emmené par la mort,
celui qui reste,
loin de survivre solitaire sur le plateau d’une vie aride sans amour,
s’envole décidé,
jusqu’à frôler le toit de l’atmosphère là où ses ailes presque…
s’enflamment.
Alors il les plie le long du corps
et se laisse tomber en torche jusqu’au sol,
où le cœur étoilé lui ouvrira les portes de l’autre ciel,
celui de la mort.
Plutôt que d’angoisse ressentir l’absence de sa moitié,
il préfère choisir le même sort
afin de la rejoindre dans l’autre monde.
Cela fait longtemps
qu’à la place du poulet géant et laid que voient les profanes,
je vois la cape obscure d’une fée.
Dans le rauque soupir de sa gorge,
un poème indéchiffrable d’appels
qui s’échappent vers les hauteurs vertigineuses
où elles demeurent figées.
Éternelles ,
traversant les temps.
Le Dieu Condor se sacrifie à son amour
et son sang nous dit
que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
ce sont tes yeux qui me métamorphosent
en bas tu me vois obscur,
en haut je suis lumière..
Dédié à ceux qui se consacrent « au-dedans… »
à ceux qui scrutent, observent
aux « cherchants »…
Ceux qui offrent des opportunités
sans abandonner les persévérants.