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(...) Lope de Aguirre, dressa avec quelques amis sûrs une liste des soldats suspects et des malades afin de les tuer tous soit plus de cinquante et avec ceux qui restaient, retourner à la côte, tâcher de saisir quelque navire et prendre une autre route.
Puis il fit part de son intention à ses Capitaines qui l’en empêchèrent avec de bons arguments. Ils lui demandèrent comment on pouvait reconnaître les suspects se ce n’était en les prenant sur le fait ; par hasard il en tuerait qu’il penserait l’être, alors que ce seraient des gens qui le suivraient et seraient des amis et il pourrait au contraire laisser vivants ceux qui peut être étaient des adversaires.
Ils ajoutèrent que ce n’était pas le moment d’abattre personne, car s’il tuait ceux qu’il soupçonnait, les autres, qu’il aurait épargnés, se sentiraient menacés, de sorte qu’il lui faudrait les mettre à mort, et, poussés par la peur ils fuiraient tous ; même quand ils penserait être sûr, il pourrait encore se tromper. Il renonçât alors à son cruel projet de tuerie mais n’en resta pas moins dans l’idée de retourner à la côte.
Le lundi 27 octobre 1561, dans la matinée, après avoir désarmé un grand nombre de soldats, dont certains de ses Capitaines et fait charger armes et munitions sur les chevaux, il voulut partir pour la côte. Mais tous refusèrent de le suivre et dirent unanimement qu’il était préférable d’attendre la nuit pour se mettre en route, qu’il fallait rendre les armes que ce n’était pas une bonne décision de revenir en arrière et qu’il valait mieux aller de l’avant.
Alors Lope de Aguirre rendit leurs armes à tous les soldats et déclara qu’on ferait comme ils le voudraient.
On vit paraître sur l’escarpement du fort le Mestre de camp du Gouverneur et des cavaliers qui s’avancèrent très près et sur lesquels les soldats d’Aguirre tirèrent des coups d’arquebuses.
Il devait être un peu avant midi quand ses hommes lui dirent qu’ils voulaient engager une escarmouche avec ces gens qui se trouvaient trop près et les déloger.
Sur quoi le Capitaine Espíndola, assemblant quelques amis sous couleur de faire cette sortie, passa à sa vue chez les gens du roi, suivi d’un certain nombre de soldats.
Ce même lundi 27 octobre, comme Aguirre se plaignait beaucoup de ceux qui l’abandonnaient, le Capitaine Juan Jerónimo Espíndola lui avait répliqué qu’il avait tort, que s’il avait laissé tranquilles ceux qui avaient commencé à fuir à La Margarita et en Terre Ferme au lieu de les faire rechercher et de pendre ceux qu’on trouvait, il aurait vu alors qui lui restait et sur qui il pouvait compter, mais qui pour la plupart, lui et ses amis les emmenaient de force, qu’il n’avait donc pas à s’en étonné.
A quoi, bien qu’ulcéré profondément, il ne répondit rien sur le moment.
Mais voulu tuer Espíndola. Il ne trouva personne pour l’aider car ceux qui auraient été disposés, le voyaient déjà perdu.
Pénétré de douleur et de tristesse, Aguirre les regarda s’en aller et puis rentrant dans le fort il s’aperçut que ses autres soldats avaient commencé à s’enfuir, par une autre porte à l’arrière de l’enceinte, ou à escalader les murs, c’était la débandade le sauve qui peut, la ruée.
Alors qu’il ne restait plus que six ou sept de ses fidèles autour de lui, dont le Capitaine LLanoso, Pedrarias, ne se sentant pas à l’abri d’une trahison d’Aguirre, se saisit d’une lance parce qu’il craignait les deux arquebusiers en sentinelles à la porte du fort, et se rua dehors criant : « au roi ! Au roi ! »
Les deux sentinelles en firent autant et les nègres sortirent avec leur chef, priant Pedrarias de les emmener au camp du roi pour qu’on ne les tue pas en chemin.
Entre la Nueva Valencia et Barquisimeto, Aguirre avait rencontré des campements de nègres qui travaillaient dans les mines appartenant à des habitants de la province. Il avait réussi à en engager quinze ou vingt avec leur chef, leur disant qu’ils étaient libres.
Se voyant seul, Lope de Aguirre désespéré commit une cruauté pire que les précédentes et qui mit le comble à toute les autres : il poignarda sa fille pour qu’elle ne restât pas parmi ses ennemis et qu’on ne l’appelât pas la fille du rebelle.
Cette dernière se trouvait avec une compagne de la funeste expédition, la dénommée Torralva, une jeune femme originaire de Molina de Aragón en Castille, qui tenta au péril de sa vie de s’opposer au noir dessein du traître en s’emparant de son arquebuse.
Puis quelques uns de ses « Marañones » revinrent avec le Mestre de camp García de Paredes, quelques soldats du roi et Pedrarias, celui-ci qui dans sa relation n’a pas hésité à supprimer ce qui gênait dans celles des autres chroniqueurs pour y ajouter des actes d’héroïsme dont il se réclame lui-même, lui qui pourtant avait signé parmi les tout premiers la déclaration de rupture avec la Couronne d’Espagne, même s’il avait déguisé son nom en écrivant de « Almonte » au lieu de « Almesto », fut non seulement acquitté par l’ « Audiencia » de Bogotá, mais autorisé à se rendre en Espagne pour solliciter des grâces.
Apercevant à côté de lui le corps de sa fille ensanglanté et sachant comment il l’avait tuée, ils furent tous épouvantés d’un acte si cruel et le blâmèrent durement de son forfait.
Il répondit que le tuer lui avait semblé moins grave que de la laisser en vie puisqu’il mourrait parmi ses ennemis.
Il pria alors le Mestre de camp de ne pas le tuer, disant qu’il voulait être d’abord entendu et conduit au Gouverneur et au Capitaine général, qu’il avait à leur parler de choses qui intéressaient beaucoup le service de Sa Majesté. mais deux de ses « Marañones » et très coupables, Custodio Hernández et Cristóbal Galindo, quand ils l’entendirent prononcer ces paroles, effrayés à l’idée qu’il pût dire des choses qui leur nuiraient et les condamneraient, lui tirèrent deux coups d’arquebuse l’un après l’autre.
C’est au second qui l’atteignit en pleine poitrine, qu’Aguirre tomba mort.
Mort donc le rebelle, Custodio Hernández le décapita et le Gouverneur Pablo Collado, ordonna de couper Aguirre en quartiers et de els mettre sur quatre pieux le long des chemins autour de Barquisimeto. La tête fut portée à El Cocuyo et comme celle de Pizarro ou de Carvajal ou encore d’Hernández Girón, exposée enfermée dans une cage de fer sur le gibet.
Le père Pedro Simón, qui passa dans la province plusieurs années et qui écrivit entre 1623 et 1627, une histoire de l’expédition d’Ursúa et d’Aguirre, rapporte que le crâne d’Aguirre se trouvait toujours dans sa cage de fer à El Cocuyo et qu’on voyait aussi son étendard ainsi que le corsage et la mante de soie jaune portés par sa fille et marqués de trous de poignard.
L’ignoble Macbeth de la forêt amazonienne exerça seul sa tyrannie durant cinq mois et cinq jours et eu le temps d’ordonner une longue et sinistre série d’exécutions sommaires dont firent les frais plus de soixante personnes parmi lesquelles deux moines, un prêtre, quatre femmes et sa fille.
Pour rémunérer la peine que le Général avait prise à son service, le roi le nomma Maréchal de la province, lui donna un blason et celui du rebelle, qui était un étendard noir avec deux épées sanglantes, et lui octroya en propre sept lieues de terre à prendre où il voudrait autour d’El Cocuyo avec le droit d’y rendre justice et d’y dresser un gibet.
Il fit le Mestre de camp Gouverneur à vie de Popayán au sud de la Colombie, mais il n’en profita pas car à son retour de Castille où il s’en fut recevoir sa récompense il fut tué par les Indiens de la région de Caracas. Quant au Gouverneur Pablo Collado qui avait tenu parole aux « Marañones » déserteurs et les avait laissés libres, il fut accusé de négligences graves en cette affaire, surtout par le Général Gutiérrez de la Peña.
Il fit l’objet d’une enquête par son successeur qui venait d’arriver. Il comparut devant l’ « Audiencia » de Saint-Domingue qui l’envoya prisonnier à Madrid où il fut condamné à des amendes et destitué de tout, même de sont titre de licencié.
Les « Marañones » bénéficièrent d’un arrêté de pardon général qu’avait pris l’ « Audiencia » de Saint-Domingue, le 6 novembre 1561.
Le 31 décembre suivant, le nouveau Gouverneur les condamne tous à mort, sous réserve d’appel à Saint-Domingue.
Quelques uns avaient déjà été exécutés dès le 17 décembre à Merida par le Capitaine Pedro Bravo. Le Général Ojeda, envoyé au secours par l’ « Audiencia » mais arrivé après la mort d’Aguirre, refusa d’obéir au Gouverneur de la province du Venezuela et emmena une cinquantaine de prisonniers à Saint-Domingue, dont les deux douzaines de malades laissés à La Margarita.
On ignore ce que furent les sentences. Une centaine de « Marañones » prirent part à une l’expédition contre les Indiens Caracas et tous ou presque y furent tués.
Le reste s’était dispersé. Certains, jugés ici ou là furent simplement interdits de séjour aux Indes, d’autres pendu, décapités écartelés.
Ce fut notamment le sort réservé à Pedro Sánchez Paniaga appréhendé à Merida et à Antón Llanoso exécuté à Pamplona par le Capitaine Ortum Velasco.
Le 3 octobre 1562 Philippe II qui décrétait que les acolytes du traître en liberté étaient autan de graines de violence et de dissidence prêtes à germer au cœur des Indes Espagnoles, ordonna d’arrêter tous les « Marañones » qu’on trouverait, et l’ordonnance en donnait la liste.
Les poursuites engagées par le Tribunal de Real Audiencia de Santa Fé de Bogotá en Colombie ne furent pas toutes vaines puisqu’on réussit tout de même à mettre la main sur Francisco de Carrión, Roberto de Susaya, Diego Tirado, Garciá de Chávez, Diego Sánchez de Balboa et un portugais qui de concert, s’en retournait au Pérou.
Bien peu échappèrent à une mort violente.
Les plus chanceux surent si bien s’évanouir dans la nature que jamais plus l’on entendit parler d’eux. (...)