Blog des Cultures et Origines, civilisations et sociologie
Il s’appelait, Joaquim, on l’appelait Kico.
Kico avait huit ans, tous les matins il déscendait de la favela, avec son chariot de bois, fait de planches et de roulements à bille, récupérés sur les patins à roulettes, dans les poubelle de copacabana.
Il se levait tôt se lavait avec une boite de conserve et un peu de savon, devant une grande bassine lessiveuse. S’habillait de son short en jean coupé, un marcel, et des tongs bahianas qui avec le temps finissaient par lui palmer les pieds.
Arrivé sur le marché, il chipait par ci par là une orange, une banane, faisant office de petit déjeuner. D’autres fois il ne mangeait rien.
Parfois Dona Creuza, la femme du patron du bistrot lui offrait un verre de lait et du pain beurré, quand Seu Jorge son mari ventripotent était absent ou cuvait encore son vin. Plutôt sa cachaça !
Kico avait le sourire des anges, des boucles blondes encadraient un visage doré, de grands yeux verts jaunes lui mangeaient la moitié du visage.
Dieu qu’il était beau ce petit métisse, il aurait pu être acteur de cinéma !
Les premières ménagères arrivaient et kico, se hâtait d’aller proposer ses services de porteur.
Ils étaient nombreux les « muleques » (gamins des rues) avec des carrioles pour pousser les courses au péril de leur vie entre la dense circulation pour une petite « gorgeta » (pourboire).
Arrivés au pieds des immeubles des ménagères ils y déchargeaient les commissions par la porte de service des grands appartements luxueux de Rio.
Des fois la « Patroa » (Maîtresse de maison), ordonnait aux employés ,de leur donner à manger, d’autres leurs donnaient des vêtements et à peine un peu d’argent car elles savaient bien qu’ils se feraient tout prendre par leurs pères, alcooliques, qui les envoyaient travailler.
Un jour chez Dona Tereza, kico vit à la télévision Bambi, il avait été très ému en regardant ce dessin animé, lui qui n’avait même pas connu sa mère morte en couches, pleurait sur le sort de bambi qui restait orphelin comme lui.
Mais Bambi n’était pas comme lui responsable de la mort de sa maman ! (pensait l’enfant)
kico savait bien que sa mère était morte à cause de lui, on le lui avait souvent reproché dans la famille, son père devait tout assumer, c’est pour ça que kico devait travailler dur pour se faire pardonner.
Dans la boutique de jouets de Seu Ozvaldo, il y avait une peluche représentant Bambi, kico y passait tous les jours regarder ce jouet, c’était bientôt Noël.
Il savait qu’il n’y avait pas de Noël pour les « mauvais garçons des favelas » alors il se contentait de rêver qu’il dormait avec sa peluche, sur sa nasse à même le sol.
Mais cette peluche devenait obsessionnelle, il y pensait toujours comme une amulette.
Seu Ozvaldo avait bon cœur il le laissait entrer dans la boutique et caresser Bambi. Conscient de la dureté de la vie du petit garçon mais impuissant face à tant de misère, il le regardait refoulant ses larmes, jouer comme l’enfant qu’il était et qu’il aurait toujours du être.
Pourquoi tant de rêves devaient ils être brisés par la dure loi de survivance ? Pas un enfant Seigneur ! Pas un enfant !
Le 24 décembre Seu Ozvaldo, l’appela sur le pas de la porte de la boutique, il lui avait préparé une surprise.
Après lui avoir servi dans l’arrière boutique une grande tasse de cacao, il lui dit qu’il avait rencontré le père Noël et que celui-ci admiratif du courage du petit garçon lui avait déposé, un cadeau.
Kico n’en revenait pas ! Là devant lui il y avait Bambi avec un petit collier à son nom pour qu’il ne se perde pas !
Kico était si content qu’il, sautait de joie tant et si bien qu’il en perdit les billets fourrés dans sa poche sans s’en apercevoir.
Cette nuit là fut la dernière, personne ne vit plus jamais Kico.
L’ange avait désormais des ailes.
Son père l’a battu à mort pour avoir dépensé l’argent dans une peluche.
Bambi gisant dans la ruelle boueuse de la cabane en planches familiale, fut ramassé par Hector, appelé cotoca qui se levait tous les matins pour aller travailler sur les marchés de Rio.
Cotoca et les autres muleques ont déposé chacun un « cruzado » (monnaie locale), l’argent perdu par Kico, sur un radeau empli des fleurs offertes par les marchands sur le marché et l’ont envoyé à la mer recommandant à Iemanja la déesse de l’eau et des enfants, qu’elle prenne soin de lui.
Seu Ozvaldo inconsolable n’offrit plus jamais de cadeau, il garda précieusement l'argent de kico dans une boîte à musique, dans le fol espoir de le voir revenir chercher son maigre pécule.
Dieu qu’il était beau ce petit métisse aux yeux d’or !