Blog des Cultures et Origines, civilisations et sociologie

Quand après une rafle tu viens
Pour la première fois au grand château,
Le Rimmel dégoulinant le long de tes joues,
Ton collant troué au genou,
Tes cheveux ébouriffés ;
Le ventre creusé par la faim,
Après l'attente dans les tribunaux.
Tu sembles désemparée loin de ta revue,
Ton talon cassé te déséquilibre et tu ne sais comment
Te redresser pour regarder dignement.
Au greffe les questions fusent :
"-Nom !
-prénom !
-nom du père
-nom de la mère !»
Sur ton visage, des larmes roulent !
Ta mère où est elle donc ? Comme tu aimerais entendre sa voix
Tu sens dans ta gorge une grosse boule,
Qu'es tu devenue jeune fille, a quel moment t'es tu perdue ?
"-suivez moi !" dit la surveillante,
"-déshabillez vous !", ajoute-t-elle exigeante !
Toi qui te dénudes sans vergogne sur la voie,
Soudain tu retrouves ta vertu
Accaparée par tes complexes féminins
Tu mets maladroitement tes mains
Devant, pour cacher tes seins.
Et là au cours de cette fouille intégrale,
Toi la P., elle la Surveillante,
Toi la reine de la rue,
Elle la représentante de l'état,
Êtes vous si différentes ?
Qu'il y a t il d'inégal ?
Si ce n'est l'apparat ?
Quels que soient vos métiers,
Vous êtes femmes tout simplement.
La surveillante essaye tant bien que mal,
Avec une certaine pudeur,
De faire passer ce moment.
Ressentant elle même cette pesante intimité,
Lisant dans tes yeux la honte et la peur.
Plus que tu ne le crois,
Sensible à ton désarroi,
Elle te dit avec sincérité,
Qu'elle n'est pas là pour te juger,
Encore moins pour te jauger.
Esquissant un geste envers toi,
Avec une certaine douceur,
Elle te tend un mouchoir de papier.